Décevante Martinique

Après un mois passé aux Antilles, principalement en Martinique, je dois dire que le bilan est plus que mitigé. Bien sûr, nous n’étions pas obligés de rester, et aurions pu partir pour une autre île très vite. Mais il ne faut pas complètement cracher dans la soupe, et le site du Marin présente plusieurs avantages, notamment celui d’un pôle de compétences très appréciable après une transat. L’île est par ailleurs très accessible depuis l’Europe, et cette escale a été l’occasion d’une visite familiale, qui nous a imposé de rester largement plus longtemps que nous l’aurions souhaité. Nous avons donc passé ces semaines post-transat, entre le Marin, Sainte-Anne, les Anses d’Arlets, l’Anse Mitan, Fort de France et Saint-Pierre, la ville dévastée par l’éruption de la montagne Pelée en 1902.

Cette Martinique qui représente pour beaucoup Le lieu de vacances de rêve, m’a surtout rappelé tout ce que je veux éviter en une grande croisière : des prix élevés, des gens névrosés qui vous affirment avoir trouvé le paradis, trop de monde, et de la consommation de tout, à outrance.

Bien sûr, le climat est fort agréable mais cette industrie du loisir et de la croisière est vraiment déplaisante. Huit cents voiliers au port du Marin, autant au mouillage, et peut-être quatre cent dans la rade de Sainte-Anne, on n’a pas réellement l’impression de découvrir le nouveau monde. Ici, on consomme du rêve, de la croisière vendue à la pelle sur catalogue, mais au final, le rêve a disparu depuis longtemps. Aller naviguer en Martinique, c’est un peu comme aller skier à Tignes, Verbier ou Val d’Isère. Y’en a qui aiment, moi pas. Ce n’est pas la montagne, ou du moins pas ma conception de la montagne.

VGZL3682

Alors bien sûr, ce n’est pas une surprise, et on savait ce qu’on allait trouver. Mais je ne pensais pas être à ce point déçu, on ne m’y reprendra pas (même s’il ne faut jamais dire « Fontaine… »). Du coup, j’en ai profité pour faire quelques travaux ; vérification du pilote, réparation de l’aérien de la girouette, changement des paliers de safran, des filtres moteur… On trouve de tout, pas besoins de chercher des jours le petit artisan local qui va pouvoir nous dépanner. Les grandes enseignes du nautisme sont toutes là, et on dépense largement. Parce qu’ici, tout est cher, plus cher qu’en « métropole » comme on dit (car on est en France, alors on ne peut pas dire plus cher qu’en France). La caisse de bord en a pris un coup. Disons que c’est pour la bonne cause.

Mais bon, tout n’est jamais noir ou blanc, et il y a quand même quelques bons côtés à passer ici. Notamment celui de retrouver les copains des Canaries et du Cap-Vert. Cesym, Nevé, Anao, Liber et d’autre, sont là, et on est content de se revoir. On se retrouve, on se raconte nos transats, on se demande comment on va rentrer,  pendant que les enfants jouent ensemble. Les apéros se prolongent souvent, et prennent parfois des proportions intéressantes, avec à certaines occasions vingt-cinq personnes, bambins compris, sur un douze mètres. Je vous laisse imaginer le tableau.

Pour le reste, nous sommes comme tous les touristes ; des cochons de payeurs. Le café coûte deux Euros (ça faisait six mois qu’on le payait 50 centimes), et le kilo de tomate cinq. Ceux qui disaient que les légumes étaient chers au Cap-Vert ne savaient pas ce qui nous attendait. Tout est importé dans ce paradis de pacotille, qui vit sous perfusion de la France, et qui lui ressemble surtout pour ses mauvais côtés. Dès qu’on quitte le bord de mer, les aménagements sont à la hauteur de ce qui se fait en métropole, et j’ai parfois eu l’impression d’être sur le contournement d’Annemasse en visitant l’île en voiture. On trouve les mêmes enseignes, les mêmes embouteillages, les mêmes villages rues mal aménagés, la même queue le dimanche matin devant les boulangeries pour acheter l’incontournable baguette, les mêmes gens qui se plaignent du manque de prestations sociales… Ce qui change fondamentalement, c’est qu’on boit du rhum plutôt que du gros rouge. Notre foie s’en souviendra.

JIMGP4652e vais m’arrêter là, au risque d’être mal vu par la promotion économique et touristique. Je ne voudrais pas finir au fond de la rade du Marin les pieds scellés dans un seau de béton, en guise de corps-mort. La Martinique est probablement très sympa pour y passer une semaine et y louer un voilier en famille ou avec des potes, mais elle ne m’a pas fait pas rêver, et je suis content d’être parti.

Nous avons gagné depuis quelques jours la Dominique, et nous sommes enchantés. Le niveau de vie est bien sûr plus bas que dans les îles d’à côté, mais ce petit pays d’une centaine de milliers d’âmes s’assume, et nous fait vraiment bonne impression, en plus c’est Carnaval… La première impression trompe rarement, j’espère que ça ne sera pas l’exception.

4 Commentaires pour "Décevante Martinique"

    Laisser un commentaire

    Votre email ne sera pas publié