Le piège antillais

Vents constants, courtes distances entre les îles, eau turquoise à vingt-sept degrés, plages de sable fin, mouillages nombreux et protégés ainsi que services nautiques de qualités. Les atouts de cet archipel si réputé chez les voileux ne manquent pas. Les Antilles n’usurpent pas leur réputation de paradis de la voile. La vie y est certes assez chère, mais les économies réalisées sur les places de ports – car on passe l’essentiel de son temps à l’ancre – permettent de vivre correctement sans trop dépenser. Et je dois dire qu’après quatre mois passé ici, je commence à apprécier cette ambiance, malgré les quelques frustrations que j’ai pu exprimer dans mes précédents postes.

Naviguer aux Antilles, c’est un peu comme travailler dans l’administration ou skier dans une grande station. Ce n’est pas réellement euphorisant, mais au final pas si désagréable que ça. On ne se pose pas trop de question, tout est balisé, on se sent en sécurité. Et c’est ce qu’on recherche tous un peu (je vois déjà Maslow qui boit du petit-lait dans sa tombe), particulièrement quand on navigue avec des petits enfants.

Alors plutôt que de rester insatisfait de découvertes, d’aventures, de rencontres, et de mise en éveil de mon sens marin. J’ai fini par m’adapter, pour trouver, contre toute attente, ce chapelet d’îles plutôt agréable. Je suis tombé dans le fameux piège antillais, avec douceur et volupté…

Les rêves d’Amérique du sud et central sont derrière nous, et nous avons compris qu’un voyage d’au moins deux ans, voire trois, doit être envisagé pour faire ne serait-ce qu’un tour de la mer des Caraïbes, en tout cas au rythme où nous naviguons. Alors, comme j’ai pu déjà le relever, les Antilles se sont présentées par défaut, par facilité. Une facilité à laquelle je me suis finalement bien habitué.

VGZL3873J’ai pêché quelques belles pièces (surtout un sail-fish qui a nourri la moitié du mouillage pendant trois jours), chassés des poissons soleil avec mon ami Pierre (merci à lui de m’avoir initié), ramassé des lambis et mêmes hooké des langoustes (là où Pierre m’avait dit d’aller, merci encore une fois à lui) ce qui me procure toujours une énorme satisfaction. Sans être un grand amateur de baignades, j’apprécie toutefois de pouvoir plonger n’importe quand dans de l’eau claire et observer la faune et la flore sous-marines. Les enfants, qui sont presque devenus des poissons tellement ils passent de temps dans l’eau, nagent avec des tortues et profitent de cette vie au grand air qui les ravit. Nous mesurons le privilège que nous avons de pouvoir leur offrir cette tranche de vie un peu différente.

Nous n’avons plus navigué de nuit depuis notre arrivée en Martinique en janvier. Ça n’est pas nécessaire si on a du temps. Les abris sont suffisamment nombreux et proches pour envisager des étapes de vingt à trente milles, selon le programme qu’on se fixe. Car comme la plupart des gens qui sont en grande croisière, nous avons constaté que nous n’étions pas des bouffeurs de milles, d’autant plus que pour ce qui me concerne, j’ai déjà bien donné. Même si nous nous sommes tous délectés des récits de Janichon et Moitessier, et que nous avons puisé une partie de l’inspiration de nos voyages dans « Damien » et « La longue route ». La plénitude du large n’a touché que peu d’entre nous et en vérité, les longues traversées restent pour la majorité une épreuve. Une fois arrivé de l’autre côté (celui où nous sommes), chacun préfère minimiser les trajets, d’autant plus que l’Alizé souffle toujours assez fort, et que les passages des canaux peuvent être inconfortables.

IMG_0237Autrement, et bien que nous n’ayons visité que cinq îles à ce stade, chacune d’entre elles a ses particularités et nous avons appris à apprécier cette diversité. Et malgré un certain désert culturel, la décontraction si typique aux Créoles est appréciable. Le fameux ‘Pani P’woblèmes’ des Antilles française plaît, et apporte de la douceur de vivre.

Le printemps arrive doucement, et l’Alizé devrait perdre de sa vigueur, pour nous laisser entrevoir un retour vers l’Europe d’ici la mi-mai. Il nous reste encore un mois et demi pour profiter de la partie nord de cet arc, ce qui est plutôt large, quand on sait que la plupart de ceux qui louent un voilier viennent pour deux semaines. Nous avons pourtant l’impression que cette partie du voyage touche bientôt à sa fin. Le prochain archipel que nous visiterons sera les Açores, et j’ai hâte de découvrir ces îles que je n’ai fait que traverser il y a trois décennies. En attendant le départ de la transat retour, je me complais dans mon piège antillais, et espère bien croiser encore quelques belles langoustes et coryphènes sur mon chemin.

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