To clear, or not to clear…

S’il y a un sujet que les voyageurs en voiliers connaissent bien, c’est celui de la clearance, soit les formalités obligatoires lorsqu’on arrive et qu’on quitte un pays. La clearance, c’est le plan qui rappelle à tous ceux qui croyaient que voilier = liberté, n’est qu’un leurre. C’est la corvée qui peut conditionner le programme, selon le pays que l’on rejoint. Elle peut autant ressembler à une promenade de santé qu’à un chemin de croix. Nous avons heureusement évité les pays dits difficiles et compliqués de ce point de vue, mais n’avons pas échappé à quelques péripéties. Certains équipages renoncent parfois, estimant que la durée de leur séjour ne justifie pas autant de paperasse ni d’argent. Nous n’avons jamais pris ce risque. Même s’il faut à certaines occasions se rendre dans deux ou trois bureaux différents, Autorités maritimes, douane et l’immigration, avant de pouvoir enfin naviguer tranquillement et affaler son pavillon Q, nous avons toujours fait les choses en bonne et due forme, c’est un choix.

IMG_0303 Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, du côté des petites Antilles, ce sont les îles françaises qui ont le système le plus simple, même s’il est évidemment perfectible. En Guadeloupe et en Martinique, les douanes ont en effet sous traité la question, et ce sont des boutiques ou bistrots qui sont accrédités pour s’occuper du sujet. Chacun remplit donc ses formulaires par voie informatique dans certains établissements, qui valident simplement le tout moyennant un émolument raisonnable, d’environ cinq euros. On regrette toutefois que l’application ne soit pas complètement optimisée, et qu’à chaque passage, il faille ressaisir l’ensemble des données (numéro de permis, typologie du bateau, liste d’équipage, numéro de passeport, etc., etc.). St-Barth a un système différent qui permet de retrouver toutes ses saisies, mais allez savoir pourquoi, les autres ne l’ont pas adopté. L’administration est un monde à part, et j’en sais quelque chose !

IMG_0275Cette petite digression sur les clearances pour évoquer l’une des plus épiques que nous avons vécues, à Barbuda. Dépendance d’Antigua, Barbuda est une île presque déserte, qui compte quelque 1500 habitants, pour la plupart domiciliés à Codrington, le chef-lieu. Pour se rendre à Codrington, et faire sa sortie, il y a deux solutions. Soit on trouve un taxi au sud de l’île, à Cocoa Bay, la où la plupart des voiliers sont ancrés, et on se fait délester de 80U$ pour un trajet de 15 km aller-retour. Soit on décide de ne pas cautionner ces tarifs abusifs, et on se rend sur place par ses propres moyens. Le problème, c’est que la bourgade n’est pas au bord de la mer, mais d’une lagune, qui n’est pas accessible du large, ou en tout cas pas sans pilote. Nous sommes donc allés mouiller à Low Bay, au milieu de l’île, sur la côte sous le vent, le long d’une magnifique plage déserte de plusieurs kilomètres. Nous avons ensuite préparé tout le monde pour une longue sortie, ce qui n’est jamais une mince affaire. Chapeaux pour tous, crèmes solaires, réserve d’eau, habits de rechanges en cas d’accidents pipi, chaussures, ceintures de sauvetage – ceux qui ont des enfants comprendront – papiers officiels pour la douane, ordinateur si par hasard on croise du wifi, etc. Puis, nous avons pris notre petite annexe pour rejoindre la plage, qui est en fait un isthme qui sépare la lagune de l’océan. Après avoir débarqué tout le monde et évité le chavirage dans le ressac, nous avons traîné notre embarcation (équipé de petites roulettes bien pratiques à l’arrière) sur la centaine de mètres que fait la langue de sable, afin de traverser le fameux isthme et rejoindre la lagune. Après avoir remis à l’eau et à nouveau chargé tout le monde, et avons repris notre route pour environ 1,5 mille avec notre petit 4cv, sur cette mer intérieure à peu près aussi grande que le petit lac, dans un clapot bien haché qui n’a pas manqué de tous nous tremper. Heureusement, elle était chaude.

IMG_0289Une fois accostés à Codrington, dans un petit port de pêche plutôt accueillant, nous sommes partis à la chasse aux administrations, après une collation méritée dans le sympathique troquet du port. Le tableau est difficile à dépeindre, mais Codrington ressemble à une ville fantôme plombé par le soleil, et n’invite vraiment pas à la flânerie, surtout par 35° à l’ombre. Marcher ne serait-ce que cinq minutes requiert un effort considérable, et on comprend vite pourquoi personne ne fait rien. Les quelques personnes que nous croisons bullent à l’ombre, en attendant je ne sais quoi, mais en tout cas qu’il fasse plus frais.

IMG_0293Nous commençons comme il se doit par le bureau des autorités portuaires, sis à l’office du tourisme. Après avoir croisé une charmante dame, assise sur un sofa, qui nous a assuré que quelqu’un arrivait, nous nous sommes installés et avons attendu un bon quart d’heure, en nous interrogeant sur le type d’activité que pouvait bien avoir cet office, vu qu’aucun touriste ne vient jamais à Codrington. Une fois arrivée, la responsable, aimable, nous vise en moins d’une minute le formulaire qui doit nous servir de sésame pour la suite. Je suis presque surpris. En plus, on ne me demande pas d’argent, c’est plutôt plaisant. La dame en question nous envois à l’immigration, qui se trouve à un petit kilomètre de là. Au bureau de l’immigration, qui se trouve dans une maisonnette, une autre dame, un peu moins aimable, cantonnée dans un bureau orné de citations bibliques, nous renvoi un peu sèchement à la Douane, malgré ma petite protestation : « But your collegue told us to come first to see you ? ». Peu avare de mon temps, j’obtempère et poursuis avec ma petite bande mon périple à travers les rues désertes. Nous trouvons après un nouveau petit quart d’heure de marche, une sorte de villa ornée d’un panneau « Custom », qui nous laisse penser que nous sommes au bon endroit. Après avoir frappé à plusieurs reprises sans succès, et demandé assistance au voisin. Un homme en liquette à la Bruce Willys nous accueille enfin, et nous tend un formulaire en trois exemplaires, entremêlé des papiers carbone (moi qui croyais que ça n’existait plus. Je m’attends presque à remplir un stencil). La pièce qui qui fait office de bureau ressemble à une sorte de dépotoir à paperasse. Aucun ordinateur, mais des piles de cartons éventrés vomissant des liasses de papiers, garnissent les lieux. Nous imaginons assez vite où va finir le formulaire que nous remplissons consciencieusement. « Pensez à bien appuyer pour les copies carbones » précise l’officier, qui attend patiemment que je m’acquitte de ma tâche, en tapotant ses doigts sur son bureau. Une fois ma copie rendue, il passe trois coups de tampons sur les papiers sans même les lires, m’en donne une partie, en garde une autre, et me salue en me souhaitant un « safe trip »

IMG_0282Je réalise que nous l’avons sûrement sorti de sa sieste, et qu’il n’attendait que de pouvoir retourner s’allonger, raison principale de son manque de zèle. Nous repartons ensuite à l’immigration, où nous remplissons d’autres formulaires, avec exactement les mêmes données que celles demandées à la douane. No comment ! Pendant que je remplis à nouveau ma copie, la préposée en profite pour discuter nonchalamment avec une passante qui s’est arrêtée là pour tailler une bavette. L’échange tourne autour de dieu, de la religion, et notre interlocutrice explique à son amie pourquoi elle allait prier pour un tel, et pas pour un autre. Chacun ses préoccupations, mais nous nous sommes presque sentis de trop au milieu de ces considérations d’ordre divin. La préposée a quand même pris le temps, entre deux phrases, de tamponner nos passeports, avant de nous rendre une liasse de feuilles officielle et de préciser que nous étions maintenant libres de partir pour notre prochaine destination.

IMG_0296L’affaire semble enfin jouée, sauf qu’il faut refaire le chemin inverse pour rejoindre Lucy. Heureusement, de retour au port, nous croisons les pêcheurs de Langoustes qui nous proposent leurs crustacés à un prix plus qu’acceptable et nous ne repartons pas les mains vides. Pendant que je me lèche les babines à l’idée du repas du soir, Charlie se réjouit d’avoir un nouveau copain qu’il baptise pour une raison qui m’échappe « Pois Chiche ». Robin impressionné fait part de sa crainte de voir cet Alien carapacé dans l’annexe.

Nous regagnons le bateau, après une escapade de six heures, exténués, mais fiers d’avoir économisé 80 U$, et surtout ravis d’avoir visité Codrington, qui reste une perle extraordinaire de ces si paradisiaques petites Antilles. Nous sommes partis le soir même pour rejoindre la très sélecte St-Barth après une navigation de nuit presque idéale. C’est sûr que Gustavia, après Codrington, ça change un peu !

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