Cruel océan

Je voulais écrire ce poste avant de partir en mer, mais n’ai pas pu, trop pris par la préparation de la transat, et peut-être ému par les événements.

Une semaine avant de prendre la mer vers les Açores, pendant notre dernière escale Antillaise à St-Martin, nous avons appris la triste nouvelle du décès d’une fillette, suite au naufrage d’un catamaran au large de l’archipel Portugais. Celui-ci avait quitté les Antilles trois semaines avant nous.

Cette information nous a évidemment bouleversés. Nous avions croisé cette famille plusieurs fois lors de notre périple. Mes enfants ont rencontré les leurs, et ont joué sur ce bateau. Happé par le destin, ils avaient le même rêve que nous. Celui de vivre une tranche de vie à part, d’offrir quelque chose de différent à leurs enfants. Au final, la mer a décidé qu’ils ne sortiraient pas indemne de ce voyage. Ce qui devait être une belle aventure a tourné au cauchemar. Leur histoire représente ce que tout le monde redoute, que personne ne veut envisager, et qui pourtant peut arriver à tout le monde.

La transat retour à mauvaise réputation, et plusieurs événements du début du mois de mai ont démontré que celle-ci n’est pas usurpée. En plus de cette terrible histoire, trois autres voiliers ont subi de graves problèmes, avec évacuation d’équipages. Les dépressions de l’Atlantique nord ont été féroces, et sont descendues très bas, sur la route empruntée par les voiliers.

Bon nombre de familles, comme nous d’ailleurs, renoncent à faire cette étape ensemble. J’ai bien compris que ni Martine ni les enfants n’apprécient ces longues périodes sur l’eau. Du coup, nous avons fait comme tant d’autre ; Monsieur ramène le bateau avec des copains, pendant que Madame et les enfants prennent l’avion. Nous avons fait ce choix, plus par opportunité que par soucis de sécurité et je ne saurais blâmer ceux qui décident de boucler la boucle ensemble. Les potentielles difficultés ne doivent pas faire renoncer, bien au contraire.

J’ai pensé à l’histoire de ce catamaran durant toute la transat. Et si j’apprécie de naviguer au large, mon regard sur l’océan a changé. Ce terrible événement m’a rappelé, comme a tous ceux qui font ce type de voyage, que la mer n’est pas un terrain de jeu innocent. Quelles que soient les compétences de ceux qui s’y engagent, l’élément peut se révéler impitoyable. Il est primordial d’en avoir conscience avant de se lancer. Toutes les aventures ne se terminent pas bien, c’est cruel.

La transat de Lucy s’est plutôt bien déroulée puisque nous n’avons jamais eu plus de vingt nœuds de vent, mais j’y reviendrai dans mon prochain poste. L’heure est pour l’instant au recueillement, en pensée avec ceux traversent cette triste et difficile épreuve.

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