Transat retour

La transat retour est redoutée pour son risque de dépression dans l’Atlantique nord, nous n’en avons pas vu une seule. L’anticyclone des Açores était par contre bien présent, tellement présent qu’il a occupé tout l’atlantique pendant trois semaines et nous a privé de vent sur presque tout le parcours. Nous avons navigué essentiellement au près, dans du tout petit temps, ainsi qu’au moteur. En vingt et un jours de mer, le bon vieux Yanmar de Lucy a tourné pratiquement 200 heures, soit plus du tiers du temps. Sans une réserve de fuel conséquente, nous y serions encore et un mois aurait été nécessaire pour parcourir les 2200 milles théoriques entre St-Martin et Horta.

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Nous avons pris deux fois un ris, pendant quelques heures, dans une vingtaine de nœuds de vent. Autrement, la mer était désespérément plate. Je n’ai jamais vu l’atlantique comme ça, parfois lisse comme un miroir.

Si c’était à refaire, je prévoirais une escale aux Bermurdes, histoire de couper un peu le trajet. Le timing ne nous a pas permis de le faire, mon équipage étant confronté à des contraintes que je n’ai pas encore, celle de retourner bosser rapidement.

Nous avons donc passé la traversée à attendre du vent d’ouest. Il n’est jamais venu, même au-delà du 38e degré de latitude Nord. Chaque jours, la prévision annonçait de l’Est, parfois Nord-Est, parfois Sud-Est, mais jamais Ouest, sauf le dernier jour, où nous avons profité d’un peu de Sud-Sud-Ouest.

Du point de vue personnel, la première semaine a été pour moi la plus difficile. J’ai souffert de la séparation d’avec ma famille. Après huit mois dans dix mètres carrés 24 heures sur 24, se retrouver sans eux a été difficile, et j’ai un peu déprimé. Heureusement, le blues a passé après quelques jours, et la suite s’est passée relativement facilement. Il y a bien sûr eu des temps longs, mais aussi quelques moments d’euphories, qu’on ne peut vivre qu’en mer. Je me souviens notamment d’un quart au lever du jour, durant lequel les dauphins sont venus nager autour de Lucy. Nous étions au bon plein dans dix-onze nœuds de vent. Le bateau filait six nœuds sur la route. Seul sur le pont, j’ai profité de ce moment extrêmement paisible pour aller m’allonger dans les voiles sur le pont avant, proche des cétacés qui jouaient devant l’étrave. Je me suis offert une petite sieste, sous le soleil qui commençait doucement à chauffer l’atmosphère. C’était magique, unique, éphémère, simplement bon.

IMG_0331À 80 milles de l’arrivée, nous avons commencé à distinguer vu le Pico Alto se dessiner sur l’horizon, en même temps que le vent de sud s’est levé en adonnant. Nous avons stoppé le moteur, et marché au bon plein à sept nœuds vers le but, pour une dernière nuit en mer. Nous avons profité au maximum de ces derniers instants, réalisant que c’était bientôt fini. Peu avant le lever du jour, nous avons distingué la Ponta de Castelo Branco et ses trois feux rouges caractéristiques au milieu des grains de pluie. Nous y étions, la transat retour était derrière nous, c’était ma douzième. Les traversées, c’est toujours la même chose. On se réjouit de partir, une fois parti, on se réjouit d’arriver, et une fois arrivé, on se dit qu’on était quand même bien en mer.

Martine et les enfants doivent me rejoindre la semaine prochaine pour terminer le voyage. Nous allons passer un mois dans cet archipel qui est paraît-il magique. J’ai hâte de découvrir ces îles qui m’ont toujours fait rêver. Pour l’heure, nous fréquentons assidûment le Café Sport, repaire incontournable des navigateurs au long cours. La saison bât son plein ici, et chaque jour voit arriver entre cinq et dix voiliers. L’ambiance est assez remarquable. Les Açores sont prometteuses.

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