Paisibles Açores

Brel a dit: « Le temps s’arrête aux Marquises », c’est parce qu’il n’a probablement pas été aux Açores. Car si je ne connais pas la Polynésie, je dois dire que cet archipel Portugais, situé au beau milieu de l’Atlantique est plus que paisible. On s’y sent bien, tranquille, la vie y est simple et on se demande, comme plusieurs autres équipages, ce qu’on est allé chercher aux Antilles, alors que tout est ici.

IMG_0344Du coup, nous avons largement profité de cet archipel magique. Faïal, Sao Jorge, Terceira, Sao Miguel. Chaque île a ses caractéristiques, son charme particulier. Et si nous avons malheureusement raté Flores – qui semble être, de l’avis de tous ceux qui s’y sont arrêtés, la perle des Açores – les autres nous ont quand même comblées. Sao Jorge, reste probablement la plus belle et la plus sauvage. L’accueil réservé par José dans le petit port de Velas contribue d’ailleurs sûrement à cultiver notre sensation. Sao Miguel, la plus touristique et la plus grande, ne manque pas non plus d’intérêt. Nous avons trouvé ici une population plus tournée vers l’Amérique que l’Europe. On parle plus facilement Anglais que Français, et la diaspora, souvent émigrée au Canada ou sur la côte Est des USA, revient au pays durant l’été. Cet aspect nous rappelle que nous sommes au beau milieu de l’Atlantique, et pas en Europe. Flores est à mi-chemin entre Terre-Neuve et Finistère. Donc contrairement à ce que l’on pourrait penser, le voyage est loin d’être fini, même si ça sent un peu la fin.

IMG_0375Aux Açores, on passe en quelques minutes de paysages rudes volcaniques, à des bocages faits de haies d’hortensias, puis à des pâturages peuplés de vaches noires et blanches, qui rappellent le Jura, puis à des plantations de bananes et des forêts presque tropicales, ou des petits lacs perdus dans la brume, qui nous font penser à l’Écosse. Le climat est changeant, rarement trop chaud, et jamais vraiment froid. On peut, comme en Bretagne, traverser les quatre saisons dans la même journée.

Aux Açores on retrouve le goût des produits locaux. Les fromages sont une pure merveille et sont une des fiertés du coin – on s’est même fait une fondue, en bons Suisses – de même que le beurre et le lait. Le vin de Pico a une bonne réputation, qui n’est pas usurpée. Les bananes, ananas, tomate, et autres fruits et légumes qu’on trouve dans les supermarchés sont cultivés ici. La viande de bœuf est excellente, et comble du bonheur, il y a des barbecues publics partout.

IMG_0399Aux Açores, tout est nickel, taillé, aligné, entretenu, propre. À faire pâlir un fonctionnaire des parcs et jardins Vaudois. Qu’on soit à la campagne, ou en bord de mer, dans les fameuses piscines naturelles, on est toujours soufflé de voir combien les habitants prennent soin de leurs îles et entretiennent leur paysage.

Aux Açores, la vie redevient abordable, voire vraiment bon marché. Fini les cafés à deux Euros cinquante, et les marinas à soixante. Ici, le petit noir se consomme pour cinquante centimes, et on laisse son voilier en sécurité pour une quinzaine d’Euros par jour. On peut se payer un resto sans trop réfléchir, et passer des semaines au port, sans grever la caisse de bord, qui de toute façon arrive au bout. Ce confort nous fait d’ailleurs rater quelques beaux mouillages, mais nous sentons un peu la fin du voyage arriver, et une petite flemme prend le dessus sur l’esprit de découverte. On n’a plus trop envie de surveiller la météo tous les jours, ni de sortir l’annexe. Du coup, on mène une vie de camping. Les enfants de bateaux jouent ensemble, et arpentent les pontons toute la journée munis de canne à pêche, d’épuisette et autres accessoires indispensables à leurs aventures. Parfois on en retrouve une dizaine à bord, parfois on ne voit plus les nôtres pendant des heures. Et on passe de bateau en bateau à se raconter nos projets d’après car la plupart des voiliers qui sont ici, sont sur le chemin du retour.

IMG_0424Les Açores, c’est enfin notre dernière escale avant le continent Européen, et la fin du voyage. C’est le temps des adieux. On ne peut plus dire qu’on va se revoir à l’escale suivante, car tout le monde rentre chez soi, vers le nord, vers le sud, Bretagne, Méditerranée, Portugal pour ce qui nous concerne. Alors on se promet qu’on va se revoir la gorge un peu serrée.

IMG_0498Demain, nous reprenons la mer pour rejoindre le Tage ou nous hivernerons et mettrons Lucy en vente. D’ici là, il nous reste une traversée de 800 milles, ce qui n’est jamais anodin. Nous restons concentrés sur la préparation du bateau pour cette dernière ligne droite vers l’Est. Dans une semaine, si Eole et Neptune le veulent bien, nous aurons bouclé la boucle. Mais pour l’heure, on ne préfère pas trop y penser.

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