Dernière….

IMG_0298Dernière traversée, entre Ponta Delgada et Cascaïs, en cinq jours et des brouettes. Deux jours de portants voiles en ciseau, deux jours de moteur, et un dernier jour et demi de près bon plein un peu musclé, avant de jeter l’ancre à l’embouchure du Tage, dans la très select et touristique Cascaïs. Un retour un peu brutal à la civilisation. Difficile d’oublier le charme des Açores, mais la petite bourgade reste quand même agréable, malgré la forte affluence du milieu de l’été.

Dernière baleine, la veille de l’arrivée. Le cétacé nous a même gratifié de quelques sauts spectaculaires. Une fois n’est pas coutume, nous nous sommes même déroutés pour aller l’observer de plus près. Un joli morceau de plus de quinze mètres. Nous n’avons par contre plus vu de dauphins depuis les Açores. Globalement, je dirais que nous n’avons pas vu autant de mammifères marins qu’attendu.

Dernière nuit en mer, avec encore une trentaine de milles à parcourir au coucher du soleil (qui est aussi le dernier en mer). Alors on profite, on regarde les étoiles, le sillage du bateau. On se réjouit d’arriver, mais on sait qu’on ne va pas revivre ça avant longtemps. On savoure et on gamberge un peu. Ça sent la fin.

Dernier atterrissage, à deux heures du matin, alors que l’Alizé portugais souffle encore bien. On essaie de se remémorer la baie en arrivant dans cette nuit sans lune. On cherche des repères connus, on passe la digue de la marina, et on retrouve nos marques, au milieu des enseignes lumineuses. Cette ultime arrivée porte aussi un goût de première, puisque c’est la première fois en un an, que nous atterrissons de nuit

Dernier mouillage, où il faut chercher une place parmi les autres voiliers. Heureusement, il n’y a pas grand monde, parce que la nuit, c’est moins évident. Poser l’ancre, laisser la chaîne dévider. Bloquer à cinq fois la profondeur (plus ou moins, car il fait sombre, et je n’ai pas vu les repères sur la chaîne). Un bon coup de marche arrière, la chaîne se tend, l’étrave descend un peu dans l’eau. C’est croché! On éteint le moteur, on se prend dans les bras et on se remercie pour cette aventure. Il est temps d’aller dormir. Après, il faudra une dernière fois regonfler l’annexe, avant de pouvoir aller faire un tour à terre.

Dernier repas à bord. Ce n’est pas la sainte cène, rien de bien solennel, mais quand même. Un frichti sur le bateau, et après c’est resto, car il faut ranger, vider, faire de l’ordre, et surtout éviter de faire du désordre. Fini les déchets organiques par le hublot au-dessus de la cuisinière. Va falloir s’adapter, ça ne va pas être simple.

photo-21-e1438336004990 Dernier dodo dans notre cabine. Fini la couchette, retour dans un vrai lit. Dommage, j’aimais bien ce petit nid bien cossu, même si l’idée d’un peu plus d’espace peut être séduisante. On ne sentira plus le vent qui passe par le capot de pont nous caresser pendant la nuit. On n’ira plus se soulager sous la lune, dans la jupe arrière. Le confort a un prix.

Dernière rencontre, au ponton du petit yacht-club de Seixtal. On discute, on échange, on parle de nos itinéraires, de nos projets, de la météo, de nos bateaux. Dans quelques jours, nous allons retrouver nos familles et notre cercle d’amis, avec plaisirs. Nous regretterons néanmoins la spontanéité favorisée par la vie en voilier. Après ça sera agenda et planification. Je ne sais pas si je me réjouis vraiment.

Dernière, dernière, dernière…. Il y a tant de chose que nous faisons pour la dernière fois, en tout cas pour ce voyage, que j’ai l’impression de parler comme un condamné au pied de l’échafaud. Dernière clope, dernier verre… Et hop, terminé.

Mais ne nous méprenons pas, nous nous sentons plutôt bien et content. Nous nous réjouissons de rentrer, de retrouver notre maison, nos amis, nos montagnes. La parenthèse bateau s’achève, sans nostalgie ni regret. Nous avons aimé, et referons peut être un projet similaire, en profitant des acquis de cette expérience. Pour l’heure, nous allons nous remettre au boulot, et la vie va reprendre son cours normal, pour autant que ‘normal’ signifie quelque chose.

FullSizeRenderLucy est retournée à terre en début de semaine, à Seixal, juste en face de Lisbonne. Moteur hiverné, dessal stérilisé, frigo nettoyé. Tout est vidé, paqueté, nettoyé. Le bateau est préparé pour sa mise en vente. C’est un véritable déménagement. Toutes nos affaires vont être transportées par camion, pour être livrée en Suisse dans les prochaines semaines. Nous avons pris l’avion pour Marseille, allons passer quelques jours en famille dans la région sétoise, puis rentrons par étape, en passant par le Lubéron et l’Ardèche. Le voyage se termine en douceur, sur un air de vacances. Maintenant que nous avons vécu plein de dernières choses, il est temps de penser aux premières, à la première nuit dans notre nouvelle maison par exemple.

Merci à tous ceux qui ont suivi notre périple à travers ce blog, et à tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à la réussite de ce voyage. Je reviendrai dans le courant du mois d’août avec un petit bilan de cette aventure, histoire de faire profiter notre vécu d’autres prétendants à l’année sabbatique en bateau. D’ici là, je vais tranquillement digérer notre retour sur la terre ferme.

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