Welcome back!

Extrait de nos conversations familiales depuis un mois :

– Est-ce que tu peux poser Robin à la crèche en descendant ?

– OK, mais je dois y aller plus tôt, pour attraper ensuite le train vers Lausanne.

– Et mercredi, tu peux aller chercher Gabrielle à l’équitation, pendant que Charlie est au Judo ?

– Qui s’occupe des courses vendredi, il y a untel qui vient manger à la maison.

– Ok, je m’en charge, mais pense à prendre du lait ce soir en remontant, il n’y en a plus.

– Et début octobre, tu peux gérer les enfants le jeudi, car j’ai une séance à l’extérieur.

– Oui, mais il y a la soirée de parents à 18h le mercredi. Et je finis tard, tu iras ? Tu peux déposer le petit chez la voisine, et le récupérer en rentrant, je l’appelle si tu veux.

– En fait, je dois aller en Bretagne pour le boulot puis au Portugal m’occuper du bateau, on va demander un dépannage à la crèche.

– Et le week-end suivant, on va au chalet de tartempion, n’oublie pas de noter.

– Oui oui, je termine avec le bureau des autos, le contrôle de l’habitant, l’assureur et le menuisier qui doit faire quelques travaux, et je note.

– Ah j’oubliais, j’ai un rendez-vous avec des clients potentiels jeudi et vendredi prochain, tu pourrais prendre les enfants chez la maman de jour.

– D’accord, et pense à prendre des maquereaux chez Odralfabetix, en rentrant. Pas trop rances cette fois-ci !

Trêve de plaisanterie, depuis que nous sommes rentrés, tout tourne autour de l’organisation du quotidien. On remplit allègrement notre agenda, on court, on s’occupe de paperasse. Sans compter les multiples passages chez Ikea et autre grandes surfaces spécialisées, pour aménager la maison et dépenser trop rapidement ce qui nous reste de la caisse de bord.

Et à peine est-on installé, qu’il faut encore couvrir les cahiers, préparer les affaires de gym de l’un, de piscine de l’autre, faire le ménage, les courses, organiser la garde des enfants pendant les vacances scolaires, ne pas oublier le goûter ni le pic-nic… La vraie vie quoi !

Et si l’idée de fêter notre retour lors d’une petite bouffe en tête à tête nous traverse l’esprit. Celle-ci disparaît rapidement face à la fatigue qui s’accumule déjà. Nous qui pensions avoir appris à ne pas nous laisser envahir par le quotidien, et bien c’est raté. Bienvenu dans la course des rats !

La spontanéité de la vie de bateau a disparu d’un coup de baguette magique. On ne peut plus simplement rencontrer des gens, les inviter pour l’apéro, enchaîner avec une bouffe, puis une location de voiture commune le lendemain, pour une excursion, puis encore une navigation ensemble vers l’île suivante. À terre il faut tout prévoir, tout agender, minuter. On le savait, mais ça fait partie des choses qu’il faut vivre pour y croire.

Relativisons. Le but de ce post n’est pas de nous plaindre, et nous restons évidemment des privilégiés. Et si le retour peut paraître difficile, nous avons la chance de retrouver des activités professionnelles que nous aimons, et de vivre là où nous avons décidé de le faire, dans de très bonnes conditions. Ce n’est pas donné à tout le monde, particulièrement en ce moment. Nous sommes contents de rentrer, de retrouver nos montagnes, nos amis, et un certain confort. Mais la transition reste malgré tout rude. Et la clé d’un voyage réussit se trouve probablement dans la capacité à gérer le retour. Mais même en mettant tous les atouts de notre côté, comme nous l’avons probablement fait, cette étape est un véritable défi.

Alors sans prétendre avoir tout compris, ni considérer que notre expérience est universelle, je me permets ici quelques conseils à destination des candidats au départ, qui n’engagent évidemment que moi :

Partir avec des petits enfants est certes une superbe expérience, mais augmente la difficulté. Leur sécurité est une source permanente d’inquiétude. Il faut juste le savoir. Gérer les couches, les pipis au lit, la lessive, les siestes, ne facilite vraiment pas la vie. Ce facteur ne doit toutefois pas retarder un départ alors que tout est prêt. Sinon on finit par ne jamais partir.

Nous avions une caisse de bord confortable (tout est évidemment relatif. Mais quoi qu’il en soit, je ne pensais pas que toutes mes économies y passeraient) et je ne peux que m’en féliciter aujourd’hui. L’idylle de la vie en bateau pas chère est un leurre. Les ports, l’entretien et les sorties à terre coûtent cher, et ce même avec un train de vie assez modeste. Il y a chaque mois un truc imprévu, sans parler de quelques factures qu’on avait oublié en partant, mais qui sortent d’on ne sais où, toujours au mauvais moment. Et si les Caraïbes sont chères, c’est sans commune mesure avec la Suisse. On est rapidement remis au parfum au retour. Il est donc primordial d’en garder un peu pour rentrer, car c’est là qu’on commence vraiment à dépenser.

Croire qu’on va enfin avoir le temps de faire ce qu’on ne fait jamais à la maison est un leurre. Nous avions pris des instruments de musiques, une tonne de livres, des jeux de sociétés, etc. Mais n’avons au final pas consacré un dixième du temps que nous pensions à ces activités. Bien sûr, un l’Ipad et les films à un peu pris le dessus sur la lecture. Mais pour le reste, les journées passent à une vitesse grand V, et entre un peu d’école, les baignades, quelques courses et l’heure sacrée du planteur en fin de journée, la soirée arrive bien vite.

Pour un voyage d’un an, comme le nôtre. La solution de la location longue durée est probablement plus souhaitable. Rentrer sans avoir a se soucier de la vente du bateau est un grand confort, et je ne peux que le recommander. Je pense qu’au final, on dépense moins avec cette solution, même si on pense toujours bien revendre son voilier.

Nous avons eu trois semaines entre notre retour, la rentrée scolaire et la reprise du boulot. Je pense que c’est un minimum pour se remettre dans le bain. Ceux qui redémarrent le lendemain de leur arrivée (et j’en connais) sont, à mon sens, des extraterrestres.

Et pour terminer, je dirais que si on n’a qu’un an, et que le but n’est pas de bouffer du mille, il est préférable de ne pas aller aux Antilles, qui sont, de notre point de vue très décevantes. Un voyage au départ de l’Europe en été (Méditerranée ou Atlantique), avec du temps devant soi au Portugal (on est resté coincé trois semaines pour cause de vent contraire, et on n’a pas regretté), à Madère et au Canaries est préférable. Une visite en Afrique fin novembre, ou même en décembre, avec la Casamance, et pourquoi pas les Bijagos est ainsi envisageable dans de bonnes conditions, sans stress. Le Cap Vert peut être rejoint tard, en Janvier, février, voire même mars. L’archipel n’en sera que plus tranquille, et deux à trois mois ne sont pas de trop pour visiter ces merveilleuses Îles. Il reste ensuite un peu plus de 1000 milles à parcourir pour aller directement aux Açores. L’allure ne sera certainement pas idéale, et ce trajet se fait souvent au près. Mais la transat retour se fait également au près, et compte le double de distance. En visant une bonne fenêtre, On peut régler ça en une grosse semaine, et arriver en mai pour profiter de l’été et visiter les îles, avant de rentrer fin juillet ou courant août vers l’Europe. Si en plus on garde le bateau, il est tout à fait envisageable de le laisser aux Açores pour pas trop cher, et revenir l’année suivante pour le ramener. Si c’était à refaire, je prendrais probablement cette option. On est toujours plus intelligent après.

Le voyage de Lucy est donc bel et bien terminé, et si mon blogue va continuer, en relation avec l’actualité nautique, cette partie s’arrête là. Nous sommes ravis d’être à nouveau sur le plancher des vaches, mais c’est probablement maintenant que nous réalisons combien ce break a été profitable. Nous n’avons pas fait tout ce que nous pensions faire. Tant au niveau de l’itinéraire, que du quotidien. Mais nous avons été au bout de notre projet, et pris un an pour vivre quelque chose de différent. Quelque chose qui va contribuer à une suite également différente, particulièrement pour les enfants. C’est déjà bien.

J’espère avoir transmis un peu de notre joie à ceux qui ont pris le temps de me lire. J’ai écrit ces lignes sans prétention, avec la simple envie de partager notre périple. Merci à tous ceux qui m’ont lu, et à tous ceux qui se sont impliqués d’une manière où d’une autre dans cette aventure. Hébergeurs, garde-meubles, déménageurs, navigateurs, prêteur de voiture, de vélos, gardes voitures, gardes remorques, secrétaires, employeurs, mandants tolérants, et bien d’autres nous ont permis d’aller au bout de ce rêve. Alors encore merci à tous. Et comme le dit Obi-Wan Kenobi : « May the force be with you ! »

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