Parents d’athlète, un métier

Presque tous présents pour assister aux régates et soutenir leurs rejetons. Les parents des athlètes sont incontournables dans les différents parcours qui ont mené les jeunes de SST aux Jeux. Une occasion de faire des belles rencontres, et d’en savoir un peu plus sur les histoires de familles qui se cachent derrière ces aventures olympiques.

Le rituel de la plage de Gloria pendant les régates, c’est de choisir un parasol, et de le décorer avec les couleurs du pays que l’on soutient. Il y en a souvent un par nation, et les familles font presque toujours partie des groupes de supporters. On en profite pour discuter et parler du chemin qui a amené leurs enfants à se retrouver aux Jeux.

“Les enfants nous font grandir”
Marie, la maman de Sébastien Schneiter, peine à retenir une petite larme, lorsqu’on lui demande ce qu’elle ressent. “C’est inimaginable, féerique. Il nous fait vivre des choses incroyables.” dit-elle avec quelques trémolos dans la voix. Et de relever le chemin parcouru : “Ça a toujours été son projet. Bien sûr, son père l’a amené à la voile. Mais il n’a jamais voulu qu’il l’aide, il a toujours tout fait tout seul. Au fil des ans, la famille est bien sûre devenue impliquée. Nous avons chacun notre place dans ce projet, et nous l’accompagnons comme parents. Nous avons découvert les cinq continents grâce à lui. Je trouve que c’est une vraie satisfaction de le voir vivre sa passion, même si sa vie n’est pas très standard. Les enfants nous font grandir!”

Alex, qui est aussi le président du conseil d’administration de Swiss Sailing Team et régatier accompli, est tout aussi ravi d’être là. “Bien sûr, c’est moi qui l’ai amené à la voile, parce que j’aime ça. Mais il m’a très vite dépassé. Son goût pour la compétition vient vraiment de lui. Vers l’âge de treize ans, il a dû choisir entre le ski et la voile, car il était très bon dans les deux. Nous l’avons accompagné, on a fait ce qu’on a pu pour l’aider. Tant qu’ils étaient en junior, ça a été assez simple. Les clubs ont des structures adaptées, et prennent les enfants en charge. Mais quand il est passé en élite, c’est devenu plus compliqué. Ça a demandé pas mal d’engagement de toute la famille. Il faut être là, sans être trop présent. Il faut essayer de ne pas empiéter dans leur projet, tout en apportant ce qu’on peut. Nous sommes arrivés à Rio depuis trois jours, et nous ne l’avons pas encore vu. Nous tenons à le laisser dans sa bulle pour ne pas l’envahir. Notre rôle est parfois un peu ingrat.”

Les familles Cujean et Schneiter profitent de Rio

Découvrir la Suisse grâce à la voile
Pour Ana Cujean, la mère de Lucien, l’équipier de Sébastien, venir à Rio voir son fils est une “récompense”. “Il s’est tellement entraîné pour arriver là.  Son implication est incroyable.” Questionnée sur son rôle dans la passion de Lucien, elle répond qu’il a dessiné des bateaux depuis tout petit. “Nous savions que la voile allait avoir une place importante dans sa vie, sans savoir la forme que ça allait prendre. Quand il a commencé à régater, nous l’avons souvent accompagné. Nous avons découvert pas mal d’endroits, et profité de faire des week-ends un peu partout, en Suisse et à l’étranger.”

Olivier Cujean revient également sur le parcours de son fils : “Nous avions un bateau familial, et nos trois enfants ont donc tous navigué depuis qu’ils sont petits. Mais Lucien est le seul qui se soit lancé dans la compétition. Il a continué à régater assez naturellement. Il a eu la chance de faire son apprentissage dans un bureau dont le patron navigue. Il a donc été soutenu professionnellement, il a pu prendre les congés nécessaires quand il y avait des régates. Aujourd’hui, on essaie de le soutenir dans la mesure de nos moyens. C’est vrai que quand il était junior, nous l’avons beaucoup suivi, et avons vécu des super moments. Il faut être présent s’il a besoin de nous, mais nous ne l’avons jamais poussé.”

Faire du back-office
Même son de cloche chez Pierre-Alain et Chantal Brugger, qui se sont déplacés pour chacun des Jeux auxquels a participé Nathalie. “Nous avons été à Qingdao, à Weymouth, et maintenant nous sommes à Rio” raconte Pierre-Alain. Et de poursuivre: “Nous avons toujours navigué. Nos deux filles ont donc passé des vacances sur le lac et appris à la voile avec nous. Puis elles ont fait du 420 ensembles au niveau junior. Quand elles sont passées en niveau international, et qu’elles ont pris la mesure du travail à accomplir, ça a stimulé Nathalie, alors que Marina n’a pas voulu continuer. Au niveau de l’encadrement, nous nous sommes partagé les tâches avec les autres parents du club d’Estavayer. Il y a eu de beaux moments lors des déplacements, notamment pour les camps d’entraînement à Hyères. Après, on est un peu devenu chauffeurs. Nous pensons que la voile a été une manière pour Nathalie de prendre son indépendance. Elle s’est donc assez vite débrouillée seule. Quand elle a décidé de faire une préparation olympique, nous avons bien sûr fait ce qu’on pouvait pour l’aider, dans sa communication, dans la logistique, la recherche de sponsors. Mais aujourd’hui, elle fait tout toute seule. On a fait ce qu’on a pu sans la pousser. Et nous n’avons jamais eu de problèmes pour trouver la bonne distance. Elle est toujours restée leader de ses projets. Nous fonctionnons un peu comme back office.” Également physio de toute l’équipe SST, Chantal explique finalement ne pas avoir eu de problème à trouver sa place. “Je m’occupe de tout le monde selon les besoins. Quand je suis arrivée à Rio, les membres du team ont dit ‘Nathalie, ta mère est là’. Elle a tout de suite rectifié en mentionnant: ‘c’est la physio qui est là’ afin de clarifier les rapports que nous avons dans ce contexte. Et même si cette position me donne l’occasion de la voir plus que les autres parents, je pense que nous savons faire la part des choses et garder la relation adéquate durant ces Jeux.”

Familles d'athlètes et équipes techniques supportent les équipes sur la plage de Gloria

“C’est un cadeau”
Dominique Hausser, qui vient de rentrer d’un tour du monde à la voile, a de son côté sauté dans un avion juste après son retour, et a rejoint son épouse Lydia pour soutenir Romuald, équipier du 470. “Nous sommes évidemment fiers” déclare Lydia, qui découvre Rio à cette occasion. “C’est un cadeau de voir ses enfants faire ce qu’ils aiment. Quand on sait le parcours qu’il y a derrière, on ne peut qu’être contents pour lui.”  Venu à la voile sur le bateau familial, Romuald a surtout découvert ce sport lors des camps d’été de Versoix, où l’entraîneur l’a remarqué et l’a incité à rejoindre le groupe compétition. “Nous l’avons aidé à acheter son premier bateau à douze ans, avec son coéquipier. Et il a fait huit ans de 420, à tous les niveaux, avant de partir en 470.” Pour Lydia, l’achat du premier bateau a été décisif. “C’est un investissement, et nous avons quatre enfants. Ils ont tous fait une activité avec passion, et nous avons fait ce que nous avons pu pour les accompagner. Ça a été un choix, plutôt qu’une résidence secondaire ou des vacances à l’hôtel.” Et Dominique de compléter en riant: “J’ai acheté un bateau, un cheval et un hautbois….” qui précise encore que malgré son goût prononcé pour la voile et son rôle de juge lors de nombreux événements, n’avoir jamais voulu prendre un rôle de coach dans la carrière de son fils. “Je suis parent, c’est déjà bien assez! “

Equilibre sport et études
Interrogées sur la gestion de la carrière sportive en parallèle à la scolarité et les études, chacune des familles a une réponse différentes. Ana Cujean explique que c’est l’entraîneur de Lucien qui exigeait des résultats scolaires pour qu’il puisse participer aux régates. “Mais le jour où il a obtenu son CFC, il a vraiment été libéré et a dit être enfin léger ”. Pour Alexandre Schneiter, l’exigence familiale a été de passer la maturité: “Aujourd’hui, il se consacre à 100% à son sport. Il est jeune, et s’il attaque des études à 25 ans, ce n’est pas un problème. Nous le soutenons pour ça”. Chantal et Pierre-Alain Brugger n’ont jamais été inquiets sur cette question: “Nathalie a toujours tenu à garder ces deux piliers, le sport et les études. Elle a eu besoins des deux milieux. Je crois que d’avoir vu des copines se consacrer à 100% à la régate et terminer sans rien qui l’a incitée à travailler sur les deux tableaux.” Dominique Hausser mentionne finalement: “Romuald a réussi à faire un Bachelor en physique. Il est assez bon pour faire juste ce qu’il faut pour s’en sortir.”

Toute ces histoires démontrent l’importance du soutien des parents, sous diverses formes, dans la mise en place d’une carrière sportive. Le point commun de toutes ces histoires est que le bateau n’est pas arrivé par hasard et qu’il s’agit à chaque fois d’une histoire de famille. Une bonne info pour ceux qui rêvent de voir leurs gosses participer une fois aux JO. Pensez à les emmener naviguer!

Aucun commentaire pour "Parents d’athlète, un métier"

    Laisser un commentaire

    Votre email ne sera pas publié